1993: Message au 3ème Conseil International de la CIJOC

MESSAGE AU 3ème CONSEIL INTERNATIONAL DE LA CIJOC, 

NANTES, 1993 

Mes frères et soeurs, 

Je vous remercie chaleureusement de m’avoir invitée à ce Conseil. 

J’y ai beaucoup appris. 

J’y viens 

  • comme ancienne responsable qui, en équipe avec Cardijn, a posé les premières pierres de la JOC internationale; 
  • comme historienne du mouvement qui tente de réaliser en toute objectivité cette tâche qu’il m’a confiée : garder vivante la mémoire de la JOC; 
  • comme observatrice qui essaie de dégager des réflexions sur ce qui aura été dit et fait ici. 

Avant tout, je désire vous saluer cordialement et, puisque l’occasion m’en est donnée, vous féliciter pour votre engagement dans la JOC. Vos travaux, pendant la première semaine du Conseil, ont montré plus que jamais son impérieuse nécessité dans tous les pays et tous les continents, sous les formes les plus diverses. La souffrance des jeunes travailleurs et des jeunes travailleuses, que vous avez approfondie, doit être l’objectif de votre propre souf- france et de votre recherche, tout en étant la souffrance même du Christ qui a donné sa vie pour leur salut et leur libération. 

Et je vous félicite tout particulièrement pour votre action à la base, que je connais sans doute assez peu, mais avec laquelle je puis être en grande sympathie, si j’en crois les témoignages que j’ entendus ici et le beau petit livre, si concret, de la JOC au Rwanda. 

J’ose pourtant vous dire, en très grande confiance, le regret éprouvé par la majorité des anciens et des anciennes devant la division imposée au mouvement international par la création d’une 

organisation dissidente, la CIJOC. 

Il y a sept ans déjà qu’on parle de dialogue et de conciliation et, pour ce qu’on peut en voir du dehors, en tout cas, on en est toujours au même point. On a même l’impression de se trouver devant des frères ennemis… 

Ce n’est pourtant pas l’intention, la perspective de Cardijn. Cardijn est plus qu’un protagoniste; il est un prophète de l’unité, de la fraternité entre tous les jeunes travailleurs. 

Gratis 

Nous avons entendu son cri que nous n’oublierons jamais lors de la clôture du premier Conseil International de la JOC à Rome en 1957: “Jeunes travailleurs de tous les pays, unissez-vous dans la JOC internationale”. Aujourd’hui, entendons-nous encore ce cri ? 

Alors …? 

Conscient d’être à la fin de sa vie et de son rôle international, Cardijn avait donné pour sujet à la dernière récollection qu’il a animée : Notre unité

L’esprit de Cardijn, c’est un esprit de paix et non pas un esprit de guerre. C’est dès lors l’esprit de Jésus-Christ qui, avant lui, nous a donné son testament dans Saint Jean: “Que tous soient un, Père, comme toi et moi nous sommes un. 

La division, c’est la mort. 

L’unité doit aussi admettre la liberté et la diversité, surtout dans les situations complexes qui se présentent à nous aujourd’hui: dans les dominations des partenaires de l’économie, dans les gouvernements, dans les ethnies, dans les mouvements. Dans l’Eglise aussi. Il y a beaucoup de pas à faire pour s’admettre les uns les autres. 

Quand Cardijn est allé la première fois aux Etats-Unis en 1946, on lui a fait reproche d’avoir encouragé la JOC de San Francisco à ses débuts, parce que certains trouvaient que ça ressemblait plus à une association pieuse qu’à la JOC, pourtant, il a exigé qu’on la laisse grandir en cherchant son propre chemin. Vers les années 1970, la JOC française n’a-t-elle pas connu une tendance opposée, vers des orientations publiques très radicales, à propos desquelles elle a gardé la liberté de ses choix, sans provoquer. de rupture ? 

Voilà ! Il faudra un jour que chacun prenne ses responsabilités dans la solution des divergences présentes. 

Moi, je vous ai dit, en toute franchise, ce que les anciens sou- haitent. C’est vous qui êtes les acteurs de l’avenir; c’est donc vous qui devrez résoudre les problèmes que j’ai évoqués. 

Mais heureusement, l’Histoire devra encore retenir beaucoup d’au- tres faits, tout à l’honneur dela jeunesse travailleuse ! 

Moi, je suis vieille et à la fin de ma vie. Mes quelque 80 ans me permettent, je l’espère, de vous livrer ces quelques réflexions-avant que je n’écrive mes mémoires ! en vous invitant à les méditer et à faire le maximum d’efforts dans un esprit de rapproche- ment fraternel, sincère, pour que cette unité se fasse, dans la foi, l’espérance et la charité. 

Et puis, après tout, la JOC continue. 

Bon travail. Vive la JOC ! 

Marguerite Fiévez