Mimie BARDIAUX
Souvenirs.
Février 1933.
Ce mardi-là, nous descendions ensemble du Drapeau Blanc, par la rue Maugrétout, en direction de la faïencerie Boch. C’était là qu’elle travaillait, depuis deux ou trois ans, à la peinture au pistolet.
Le SG m’avait envoyée faire une sorte de stage dans la fédération du Centre, comme pour un test: est-ce que celle-là ne pourrait se laisser mordre et porter un jour une responsabilité de permanente régionale ?
Pendant que nous nous entretenions de su nous entretenions de sujets très sérieux avec Madeleine Téchy et Marie-Thérèse Joos, Mimie Bardiaux dévalait le trottoir en pente, en jouant à saute-mouton par-dessus les poubelles.
Originaire de Fayt-lez-Manage, où elle avait fait démarrer une section de la JOC F, elle était, à 22 ans, membre du Cercle d’étude central qu’Emilie Arnould avait mis en route à La Louvière, pour la formation de quelques responsables fédérales.
Je l’observais du coin de l’oeil : avec sa petite figure toute fripée, son air de gamine quasi insouciante et ses yeux brillants qui exprimaient toute sa joie de vivre, d’être donnée à une cause, elle était pour moi comme une révélation.
Ménagère – comme on disait alors – après avoir fait naître une section dans son quartier, elle s’était engagée délibérément en usine, poussée par la bouleversante découverte de la JOC qu’elle venait de faire.
Elle avait choisi la faïencerie; c’était l’entreprise qui occupait, à l’époque, le plus grand nombre de jeunes travailleuses.
Souvent, il faisait encore nuit quand elle quittait la maison pour aller au travail. Et elle chantait :
” Sous le froid baiser du matin,
Tandis que tout sommeille encore,
Où vas-tu jetant en chemin
Les échos de ta voix sonore ? “
Il suffisait de la regarder sans qu’elle ait besoin de raconter comment elle faisait “la conquête” de ses compagnes de travail : l’amitié dans les gestes de tous les jours, la résistance aux sollicitations, le refus des conditions malsaines de l’atelier, la certitude de “sauver toutes les jeunes travailleuses”.
Mais surtout, pour elle, la JOC était une mission. Elle en vivait, elle en brûlait, elle en éclatait. Toute sa vie y était engagée.
Moi, à ce moment-là, j’apprenais à peine ce que c’était qu’une militante. Rien qu’à la voir, rien qu’à deviner l’absolu qui la possédait, je me suis sentie à la fois bouleversée et interpellée.
La sirène de Boch hurlait que la pause de midi était terminée. La porte à deux battants se referma derrière elle.
Le soir même, je me suis engagée en pensant à elle. Pour toute la vie.
M. F.