Je recevais, il y a quelques semaines, d’une ville inconnue du Japon, Kokura, une minuscule photographie représentant un groupe de jeunes filles du pays. Au verso, on lisait : “Une jociste de Kokura, entourée de vingt-quatre jeunes ouvrières de son usine qui composent aujourd’hui son équipe et qu’elle prépare au baptême”. Dans son humilité, la jeune militante nipone oubliait de dire son nom….
La section de Tshéla, au Congo Belge, pénètre largement dans la masse des jeunes ouvriers indigènes d’une huilerie qui compte 15.000 travailleurs. Elle vient de se choisir un nouveau président; sans que personne ne s’y attende, c’est sur Paul N… que se sont portés les suffrages de ses camarades. Mais Paul refuse ; il ne se croit pas à la hauteur. Après la réunion, il va trouver l’aumônier : “Père, je ne puis accepter d’être le président de la section…. si je ne suis pas en règle avec ma conscience”. Et Paul demande à recevoir le sacrement de mariage, pour faire cesser le mauvais exemple de concubinage qu’il donne aux autres. Le lendemain, il acceptait la responsabilité de la section.
Les militants et les jocistes de la Ruhr (Allemagne) s’acharnent à la transformation de leurs milieux de travail, Ils s’aperçoivent bientôt que leur action ne peut avoir de sens que si elle est alimentée aux sources de la grâce : la messe, la communion fréquente, l’usage des sacrements qui les fortifieront et les purifieront. Impossible, il faut quitter le foyer trop tôt le matin, rentrer tard le soir; l’église est fermée….aujourd’hui c’est l’usine qui commande le rythme de la vie ! Ils font une enquête parmi leurs compagnons de travail et constatent l’effrayante carence de la vie sacramentelle parmi les jeunes travailleurs de leur région. Humblement, ils présentent des chiffres et des faits à leurs évêques. Après des démarches à Rome, des messes du soir sont autorisées dans ces diocèses et le niveau de vie religieuse des jeunes travailleurs remonte de mois en mois grâce à leur geste.
Il n’y a encore qu’une poignée de sections jocistes à Calcutta; c’est la première semence de jocisme jetée en terre indienne. Jeunes sans caste et sans métier, à qui la J.O.C. a fait confiance : eux aussi sont des fils et des filles de Dieu. Dans les paroisses chrétiennes, les fidèles ont été invités à dire publiquement leur avis sur la campagne lancée à travers le pays pour la limitation volontaire des naissances. Ce sont les jocistes qui protestent le plus énergiquement, avec des arguments pleins d’intelligence et de dignité. Et ce sont leurs lettres qui sont reprises et commentées dans les grands quotidiens non-catholiques.
…Voilà quelques exemples tout-à-fait courants de nouvelles qui arrivent quotidiennement au Secrétariat International de la J.O.C. à Bruxelles et qui sont le plus profond et vivant témoignage de ce qu’est ce mouvement international. Soixante-deux pays connaissent aujourd’hui la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, et parmi eux, quinze pays de mission l’ont accueillie depuis la dernière guerre.
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Dire ce que c’est que la J.O.C. ? Pourrait-on mieux l’exprimer que par l’abondance de ces témoignages, bouleversants dans leur simplicité et combien efficaces dans leur réalisme ? La J.O.C., on ne la découvre pas dans la théorie, dans les livres ou les leçons….on la sent palpiter dans la vie même des 1.200.000 jocistes dispersés aux quatre vents du monde, sous les tropiques et dans la mine, dans les sanatoria, missionnaires dans la brousse africaine et jusque sur les marches des Parlements et dans les couloirs de l’ONU.
Car la J.O.C. est partout. Elle jouit aujourd’hui du Statut Consultatif du Conseil Economique et Social des Nations-Unies, comme auprès de l’Unesco; elle collabore aux efforts de la Campagne Européenne de la Jeunesse pour répandre parmi les jeunes du monde ouvrier l’esprit européen; elle est membre du Comité Directeur de la Conférence des Présidents des organisations Internationales Catholiques et de l’Assemblée Mondiale de la Jeunesse…
Surtout, elle vit d’un esprit missionnaire intense et d’une charité fraternelle qu’elle veut totale, universelle. Depuis moins de trois ans, j’ai connu plus de dix dirigeants jocistes qui de leur propre mouvement, sans aucun effort de propagande et sans autre promesse que la pauvreté brutale – se sont décidés à quitter leur foyer et leur patrie pour s’engager comme missionnaires laïcs au service de la Jeunesse Ouvrière : Jacques, ce jeune belge de 19 ans, et René, de Nice, qui se sont mis à “défricher” l’immense Brésil ; Simone et Henriette, deux ardentes françaises qui travaillent “dans le noir” de Tunis à Casablanca ; Gabriel, en Afrique Noire et Wim, dans les populations minières du Chili; et le dernier, Manuel, ce portugais tenace, qui s’offrait, le mois dernier, à “aller n’importe où, et pour n’importe quelle besogne.”
Où que vous soyez, regardez-la vivre de près, la J.O.C., et vous comprendrez d’où lui vient sa puissance internationale qu’un regard superficiel ne peut saisir; son dynamisme irrésistible qui fait, des plus petits, les plus forts – ceux qui, sans phrases et sans bruit, portent la lumière et la vie du Christ parmi les damnés de la terre et les forçats de la faim.
Ici, ce sont les sacrifices des jocistes belges qui font venir en Europe un camarade de l’Ile Maurice ou adoptent la J.O.C. d’Haïti; là, ce sont ceux d’Autriche qui offrent une heure de leur salaire pour sauver les jeunes sinistrés du Pô grâce au service d’Accueil de la J.O.C. de Ferrara ; et les voilà aussitôt concurrencés par leurs camarades de Barcelone, qui acceptent pas de donner une heure de leur salaire pour faire vivre la J.O.C.. internationale: “Une heure ? mais ce n’est pas la paine qu’est-ce que la J.O.C. internationale pourrait faire de ces quelques pesetas ? nous, ici, nous adoptons au moins un montant double du mot d’ordre donné !”
Et puis encore, ce sont ces 20.000 qui s’en vont, de tous les coins de l’Europe, juqu’aux pieds de Notre-Dame, avec des mourants, avec des filles reprises de justice, avec d’anciens communistes, demander à leur Mère de Lourdes un miracle – oui, un miracle : le salut de leurs frères et de leurs soeurs de travail !
En 1950, Bruxelles a eu son Congrès jubilaire de 100.000 jocistes et sa Conférence Internationale qui comptait 42 nations représentées. Hier, Conférence Européenne de Clèves (Allemagne) qui réunissait dans l’amitié ceux qui furent des ennemis dans la guerre. Demain, rassemblement de Rio de Janeiro et Rencontre Continentale des Caraïbes….
La vie et la re christianisation du monde se prépare dans ces assises fraternelles. Mais c’est aujourd’hui même qu’elle se réalise et demain, et chaque jour, dans chaque geste qui porte avec lui le témoignage du Christ.
“Pas des mots, des actes”. C’est ainsi que la J.O.C. internationale veut changer le monde !
Marguerite Fiévez
SOURCE
CARHOP, Fiévéz n° 12.
